Les Quatre Saisons d'Antonio Vivaldi
Antonio VIVALDI (1678-1741) Vivaldi est né
le 4 mars 1678 é Venise, fils d'un violoniste de la chapelle ducale de
St-Marc. Directeur musical de l'Ospedale della
Pietà, le Conservatoire le plus réputé d'Europe après ceux de Naples,
Vivaldi compose toute sa vie pour les jeunes orphelines de cette institution
charitable, ne quittant la Ville des Doges que pour des tournées en Italie.
On le trouve aussi à Amsterdam en 1737 et
enfin, mystérieusement, à Vienne, où il
meurt en 1741. Grand virtuose
du violon, Vivaldi était beaucoup plus apprécié. en Italie, comme violoniste
et professeur de violon que comme compositeur. Ses nombreux opéras. en
particulier, ne furent jamais de grands succès. Par contre ses concertos,
encore plus nombreux, acquirent une célébrité internationale grâce à leur
originalité d'inspiration. leurs innovations dans le rapport entre soliste et
orchestre. leur lyrisme personnel, leur sens des contrastes, influençant le
style de ses contemporains dont JeanSébastien Bach. Vivaldi est aussi
l'auteur de cantates, de sonates et de sinfonie (symphonies) en 3 mouvements qui
ont joué un rôle non négligeable dans l'élaboration de la symphonie
classique. La musique du Prêtre
Roux est véritablement vénitienne par sa fantaisie, son charme, son sens du
rythme et des couleurs. Cependant sa grandeur et la profondeur de son
inspiration la placent bien au-dessus de l'ensemble de la production de son
époque. Vivaldi composa ainsi près de 550 concertos pour toutes sortes
d'instruments solistes, dans lesquels le violon, son instrument, se taille la
part du lion. Dans son recueil Il Cimento dell'armonia e dell invenzione, op. 8,
paru vers 1725, les quatre premiers concertos forment un tout s'intitulant Le
Quattro Stagioni, «Les Quatre Saisons». Les Quatre Saisons sont l'œuvre la plus célèbre d'Antonio Vivaldi, unanimement appréciée.
Pourle jeune auditeur, un concerto comme Le Printemps est facilement abordable
parses carrures franches, ses motifs mélodiques simples et chantants, sa
rythmique incisive. Enfin, par son caractère descriptif cette musique fait
volontiers appel à l'imagination. Mais, ce côté
anecdotique ne risque-t-il pas de masquer l'essentiel, c'est-à-dire la musique
elle-même? En partant du Sonnet explicatif qui précède l'œuvre, tentons une approche
sensible et plus profonde de cette musique. Dans un deuxième temps, isolons au
contraire un thème précis purement descriptif extrait du Printemps, par
exemple, et voyons comment les compositeurs l'ont traité à travers l'histoire
de la musique: instruments, formes, langage musical... Le Concerto Le concerto est une oeuvre instrumentale pour
soliste(s) et orchestre. - le
concerto grosso: un petit groupe d'instruments solistes, le concertino,
se distingue du reste de l'orchestre. le ripieno
(ou grosso), dans le cadre d'une forme en 3, 4 ou 5 mouvements (avant 1750): - le concerto pour soliste et
orchestre: un instrument unique s'oppose a l'orchestre, dans une forme en
3 mouvements: Vif-Lent-Vif (de 1700 à nos jours). Les deux genres
ont donc coexisté pendant plusieurs décennies et de grands compositeurs
comme Vivaldi, Bach et Haendel les ont illustrés tous deux avec bonheur. L'écriture du
concerto, en faisant tour à tour s'opposer et s'unir le(s) soliste(s) et l'orchestre,
traduit bien à la fois les idées de rivalité et d'entente mutuelle
contenues dans le mot «concerter ». musique descriptive ? ·
Nous pouvons d'abord lire le
Sonnet liminaire du Printemps. N'oublions pas d'expliquer quelques mots: Zéphyr,
le chevrier, la musette, les nymphes. ·
Ecoutons Le Printemps en entier.
Comment Vivaldi a-t-il traduit le poème en musique? Essayons d'abord de trouver
la répartition des vers en fonction des mouvements: cf. fiche analytique. ·
Etablissons à présent la
correspondance entre le texte et le déroulement de la musique dans le premier
mouvement par exemple:
·
Amenons les enfants à décrire
avec plus de précision les éléments musicaux de ce mouvement: comment les
violons traduisent-ils les chants d'oiseaux, le murmure des eaux? Expliquons
les termes: tremolo, gamme, arpège,
trait, virtuosité, solo, tutti... ·
Si nous comparons les deux
colonnes ci-dessus, que remarquons-nous ? - certaines parties de la colonne de droite n'ont pas
de correspondance à gauche: le retour périodique du refrain a2,
le dernier épisode soliste et la conclusion; - à quoi pouvons-nous rattacher la colonne de gauche?
à une forme-rondo (refrain-couplets)
assez libre, inexistante dans le poème: la structure musicale prime donc sur
l'intention picturale; - la musique a donc une vie propre indépendante du but
descriptif. ·
Ecoutons à nouveau le 1"
mouvement en essayant d'oublier le poème et parcourons le chemin inverse:
essayons d'imaginer tout à fait autre chose en rapport avec elle: que nous
inspire cette musique? Ecrivons un poème ou un texte en prose, ou bien faisons
un dessin inspiré par cette musique. Nous pouvons même imaginer des jeux scéniques
ou d'expression corporelle. ·
La musique de Vivaldi dépasse
donc de loin la simple illustration de ce qui se trouve dans les vers,
puisqu'elle est capable d'inspirer des réalisations aussi différentes. ·
Ecoutons maintenant l'une des
autres Saisons sans révéler le poème, les enfants ayant la même instruction:
ils ne pourront donc cette fois être influencés par le texte précédemment
lu. Comparons et commentons les résultats obtenus. • Les impressions musicales peuvent-elles toujours être
traduites par des mots ? Par exemple, si l'on écoute le mouvement lent de l'Automne,
comment trouver une description verbale qui rende véritablement compte du
sentiment ressenti? ·
Conclusions: - la poésie nous aide à aborder la musique, - la musique a un pouvoir émotif indépendant de toute
image extra-musicale, - il existe un langage musical qui a ses lois propres, - le génie de Vivaldi arrive à concilier suggestions
poétiques et musique pure. musique descriptive ! ·
Choisissons un thème évoqué
dans Le Printemps: les chants
d'oiseaux, par exemple. Quels sont les principaux compositeurs qui l'ont traité
dans l'histoire de la musique? Janequin, Vivaldi, Rameau, Beethoven, Wagner,
Ravel, Messiaen... ·
Ecoutons dans quelques-unes de
leurs oeuvres les extraits où apparaissent des «chants d'oiseaux»: Janequin: Le
Chant des Oyseaux (tous les couplets) Beethoven: 6e symphonie,<
Pastorale» (second mouvement: «Scène au bord du ruisseau») Ravel: Ma Mère
l'Oye: «Le Petit Poucet», pour orchestre Messiaen: Oiseaux Exotiques,
pour petit ensemble d'instruments François-Bernard Mâche: Korwar, pour clavecin et bande magnétique. ·
Quels sont les moyens utilisés
par ces compositeurs pour obtenir ces résultats? Janequin: imitation des cris d'oiseaux par la voix
humaine par le biais des onomatopées Beethoven: emploi des bois (flûte, clarinette,
hautbois) Ravel: notes harmoniques jouées par le violon, doublées par le
piccolo Messiaen: notation la plus précise possible des chants
d'oiseaux et emploi de divers instruments. dont les Ondes Martenot. et de leurs
combinaisons originales Mâche: prise de son de véritables chants d'oiseaux
(Kenya). ·
En quoi peut-on dire qu'il y a une
évolution? Situons Vivaldi par rapport à ces exemples: l'imitation de la
nature y est encore lointaine, même dans le mouvement de L'Eté: elle
obéit à une sorte de «convention théâtrale». audition des Quatre Saisons Ecoutons une
fois encore Les Quatre Saisons et
jouissons du plaisir que procure cette musique. Les quelques
notes suivantes nous amèneront à une connaissance plus approfondie de l'ensemble
de l'oeuvre. Les Quatre
Saisons se composent de 4 concertos pour violon et orchestre, peignant chacun
une saison et se divisant en trois mouvements: Allegro - Adagio (ou Largo) -
Allegro (ou Presto). Seul le
premier présente une exception pour le 3e mouvement (Danza Pastorale). La forme des mouvements est toujours à peu près
la même: une alternance libre de refrains et de couplets pour les deux
mouvements extrêmes et une coupe binaire ou en un seul volet pour le mouvement
central. Chaque concerto
est accompagné d'un «sonnet explicatif» qui précise l'intention descriptive
de l'auteur. Dans Le
Printemps, nous assistons à l'éveil d'une nature idyllique, à un orage.
puis au sommeil du chevrier sur le pré fleuri, enfin à la danse des nymphes
et des bergers au son de la musette. L'Allegro
initial voit la prépondérance du violon principal contestée par les
interventions de deux autres violons («chants d'oiseaux»), mais le soliste
se rattrape dans la fraîche mélodie du mouvement lent et les soli
du finale. L'Eté est un
chef-d'oeuvre de suggestion musicale, «impressionniste» avant la lettre.
L'homme et ses bêtes y souffrent de la chaleur; les oiseaux chantent pourtant.
C'est en vain que le paysan cherche le sommeil, car le tonnerre se fait entendre
dans le lointain et des insectes le harcélent. Un orage terrible s'abat alors,
détruisant les récoltes. Dans ce concerto, la musique se fait à chaque
instant complice du texte, tout en dépassant les effets poétiques par la portée
symphonique de l'écriture musicale. L'Automne fait se succéder
deux «tableaux» distincts: la fête villageoise après la vendange (danses,
ivresse) et la chasse à courre. Le 2e mouvement sert de conclusion à la première
scène puisque les buveurs s'y endorment profondément. Cette seconde peinture
du sommeil est aussi immobile, contemplative et «brumeuse» que celle du Printemps
était aérienne et fluide. Le 1e, et le 3e mouvements font
alterner le rythme entraînant des refrains avec la fantaisie et la virtuosité
des couplets. L'Hiver est aussi constitué
de deux «scènes». Mais ici la seconde est au centre de l'ceuvre, car le 3e
mouvement nous réintroduit dans le tableau initial: courses, glissades, vent
glacial, tremblements, etc... y sont autant de prétextes à un grand déploiement
de virtuosité instrumentale de la part du soliste comme de l'orchestre. Le Largo
nous repose par sa paisible et belle mélodie, accompagnée par une riche
superposition discrètement suggestive. conclusion ... Nous pouvons généraliser
la présente démarche à toute autre oeuvre de musique descriptive (la référence
à un texte poétique n'étant bien sûr pas toujours possible), comme par
exemple: Haydn: Les
Saisons; Borodine: Dans les steppes de
l'Asie Centrale; Saint-Saëns: La
Danse macabre; Liszt: Mazeppa; Respighi:
Les Pins de Rome... Rappelons aussi Le Chant des Oyseaux (Janequin) et Ma Mère l'Oye (Ravel) cités plus haut. Sur le thème
des saisons, nous pouvons aussi concevoir une autre démarche s'appuyant sur la
créativité des enfants (comment pouvons-nous évoquer le printemps avec nos
voix, nos instruments, nos corps?), ou monter une des courtes pièces de Jos
Wuytack sur les saisons, pour voix, flûtes à bec et petits instruments à
percussion (Ed. Schott Frères), bien adaptées à une utilisation en classe, et
auxquelles correspondent les disques «Musica Poetica» - Hiver, Printemps, Eté
- (Ed. Harmonia Mundi). les «sonnets explicatifs» des Quatre Saisons de Vivaldi
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